Quel rôle des continuités écologiques en régime de changement climatique ?

Vincent Devictor

Chargé de recherche CNRS
Équipe Evolution et Ecologie des Communautés
Institut des sciences de l'évolution de Montpellier - ISEM

Le climat change. Mais où ? Dans quelle direction, et avec quelle intensité ? Après la reconnaissance d’un réchauffement climatique global qui se répercute en France (dont les températures moyennes ont progressé de 1°C environ en 20 ans), voici venu le temps de préciser les conséquences des variations climatiques dans le temps et dans l’espace. Pour cela il faut être capable de cartographier l’ampleur et la direction du déplacement des températures et des espèces. La question des continuités écologiques prend alors tout son sens car l’on peut enfin mesurer leur rôle concret pour tamponner les effets des variations du climat et de la dégradation de l’environnement. Comment peut-on s’y prendre ?

L’analyse minutieuse de données récoltées de manière standardisée sur notre territoire permet d’y voir plus clair. Le Suivi Temporel des Oiseaux Communs animé par le Muséum National d’Histoire Naturelle permet de suivre la variation de l’abondance de plus de 200 espèces d’oiseaux sur près de 1000 sites depuis 15 ans dans toute la France. Avec une telle information, des analyses statistiques ont pu confirmer que la composition des communautés d’oiseaux est de plus en plus de type méridionale : nos communautés d’oiseaux s’enrichissent en individus qui préfèrent les températures chaudes. Mais nos recherches récentes vont plus loin : ce changement de composition permet de calculer une vitesse et un sens de déplacement. Nous avons aussi pu évaluer si ce déplacement local était influencé par l’environnement. Les résultats sont encourageants : la qualité du paysage, son niveau de protection et sa diversité permettent de favoriser le déplacement local des communautés d’oiseaux soumises aux variations locales des conditions climatiques.

Les continuités écologiques ont bel et bien un rôle clé à jouer dans un monde qui bouge. L’intégrité des habitats doit être pensée à large échelle pour permettre aux individus de suivre le déplacement des températures et trouver dans les zones protégées autant de refuges et de haltes de dispersion. Ces recherches révèlent aussi l’importance de la mise à disposition de données de haute résolution sur l’état et la dynamique des paysages au niveau national. C’est à partir de ces données qu’une évaluation de l’efficacité des continuités écologiques peut être envisagée et que des propositions de conservation et de restauration pourront être formulées.